Entrevues

                                                       
 
Entrevue accordée à Janick Belleau  en juin 2016, dans le cadre d'une participation à un échange entre poètes écrivant dans la forme poétique tanka: L'encre de leurs mots: Cinq poètes du Québec et du Canada francophone: Micheline Beaudry, André Duhaime, Mike Montreuil, Maxianne Berger, Jean Dorval.
 Éditions Pipa
2016
 
                                                       Jean Dorval, poète québécois
                                                   Propos recueillis par Igor Shtanev
                                                                         2015
                                   https://fra.1september.ru/topic.php?TopicID=1&Pag


                                         sous la direction de Gréta TCHESNOVITSKAYA  





                          




     Monsieur  Dorval, à votre avis pourquoi la poésie intéresse-t-elle le lecteur contemporain? 



     Le poème est avant une conversation qui fait de nous des êtres sensibles à la beauté comme au mystère de l’existence. Dans un monde dominé par l’image virtuelle, c’est au poète à prendre les devants pour dire, chanter, crier, voire célébrer, contempler.


 


     Lautréamont, ne disait-il pas : « La poésie doit être faite par tous, non par  un »  Cette phrase est toujours d’actualité. Les formes évoluent. Que ce soit pour entendre du slam[1], du  rap, du vers libre....En même temps, l’écriture des formes japonaises (haïku et tanka) n'est pas étrangère à cette quête poétique qui doit s’ajuster aux cultures

 


     Et vous-même, comment avez-vous évolué vers les formes japonaises comme le haïku et le tanka?

 


     Curieusement, c’est un poète français, Guillaume Apollinaire avec son œuvre Calligrammes. qui me donna le goût d’une poésie qui projetait  signe, image et mot sur un tableau.
 

     Apollinaire parlait de cette œuvre comme des idéogrammes lyriques.  Quelque part l‘influence des formes japonaises s’insérait déjà dans mon inspiration.


     C’est avec Carnet du promeneur..[2] que j’ai développé un poème bref dont l’intention se mariait avec l’art visuel urbain, donc je vivais une inspiration de l’instant  avec des images simples du type clin d’œil.  Dans un esprit qui avoisinait les formes japonaises.


     Ce livre, Carnet du promeneur. célébrait l’Îlot Fleurie à  Québec, un terrain vague transformé par Louis Fortier, (un peintre de Québec) en un lieu de création et d’expression.


     J’étais à la fois dans la foulée du poème bref et visuel. Je cherchais mon style. Travailler la métaphore, la simplifier, lui donner plus de clarté. Aller vers le lecteur, tout en demeurant fidèle à mon identité. Si bien qu’au début des années 2000, ma création se poursuivit par la publication d’une affiche célébrant les travailleurs inconnus: Les préposés magnifiques.[3].


     Des poèmes brefs variant de trois à huit vers. J’étais loin du haïku cependant l'image concrète et le vers impair étaient au rendez-vous.
 

     Quels sont vos poètes préférés qui vous ont dirigé et inspiré dans votre parcours poétique?


     Depuis l’adolescence, les poètes symbolistes et surréalistes.  Au Québec, particulièrement, Alain Grandbois,  Hector de St-Denys Garneau, Gaston Miron,  Marie Uguay; puis quelques poètes français, dont Apollinaire et Guillevic. Il  suffisait d’un clic pour  que mon expérience poétique se transforme.
 

     Quand et comment le haïku comme forme poétique s’intégra-t-il dans votre poésie?
 

     En novembre 2000, Micheline Beaudry[4], poète haïkiste de  Montréal,  en lisant un article du poète Michel Pleau[5] saluant mon affiche Les Préposés magnifiques, m’écrivit en me mentionnant que ma poésie brève était voisine du haïku qu’elle pratiquait.


     Ainsi est née, Blanche mémoire.[6]. J’entrai  avec cette œuvre dans le monde du haïku. En écrivant un renku, c’est - à- dire une suite de haïkus en chaînes écrites par deux poètes.  Une expérience d’écriture qui se situa en novembre 2000 à juin 2001, et ce par courriel. Je découvris l’utilisation du mot de saison (kigo, en  japonais), la manière d’orienter le sens de l’image, la césure liée au troisième vers; la simplicité dans  l’expression. Suite à Blanche mémoire, j’étais sur une voie nouvelle sur le plan du style. J’écrivais ¸à la fois de la poésie en vers libre et des haïkus. Quant à l’écriture des haïkus, j’évoluais lentement dans cette forme, tout en respectant une certaine rigueur dans l’emploi du mot de saison, le verbe au présent; le dépassement de la métaphore classique par l’utilisation croissante de l’image concrète. Je lisais toutes les anthologies[7] qui me tombaient sous la main. Ce qui me dirigea en 2009 vers le tanka  (vieux de 1200 ans) qui est l’ancêtre du haïku. En 2009, est né  Entre deux instants.[8].,  en 2009, puis avec Crayon, vélo, papillon.[9]  en 2011, j’y introduisis avec les tanka de la prose poétique. La liberté dans l’utilisation des  images concrètes explorant l’émotion.


      — Parlez-moi du développement du milieu haïkiste à Québec?


     Avec les années, je poursuivis une démarche de faire connaître le haïku auprès du grand public. Notamment des ateliers d’écriture sur le haïku. Ainsi que la conception et l’animation d’une émission radiophonique intitulée :
 
     Haïku de foudre. réalisée en 2004-2005 sur une radio communautaire à Québec.  Une expérience de vie qui a eu des échos positifs tant au Québec qu’en France.


     En 2005, avec Abigail Friedman  haïkiste américaine, je joignis le groupe Haïku Québec. qu’elle fonda en voulant attirer le plus de poètes haïkistes francophones, car le groupe  était bilingue. Notre groupe  au cours des années fut  riche en  réalisations sur les formes japonaises.
 

     Quel avenir pensez-vous est réservé au français et notamment dans le domaine de poésie? 


     Il est évident que la langue anglaise est omniprésente. Il y a aussi de plus en plus de francophiles qui s’intéressent à la littérature francophone tout pays confondu. Nous devons y prendre notre place comme poètes dans le mouvement contemporain. La richesse des formes japonaises est un nouveau sentier que le langage poétique emprunte, afin d’évoluer vers plus de simplicité dans  l’expression poétique sans en entacher la profondeur.
 

     J’y vois là une occasion pour de faire une alliance entre les promoteurs des formes japonaises tant en anglais qu’en français. .
 

     En 2014, j’ai publié  un recueil de haïkus et de tanka en édition bilingue. Soleil Levain./Leavening Sun[10], traduit en anglais par Maxianne Berger (une poète haïkiste très connue dans le milieu anglophone de Montréal).


     Ce livre marque pour moi une étape dans l’appropriation  poétique des formes japonaises dans notre culture.

     J’ai voulu dans ce livre conjuguer poésie, spiritualité ouverte vers un environnement plus humain. 
 
     Je suis toujours un militant en quelque sorte, j'aime les gens et la planète qui nous abrite. Cette dernière doit être célébrée et non saccagée. Ça veut dire, ne jamais cesser d’inventer et de croître comme personne, en partageant toutes les expériences créatrices qui nous habitent.


     Qu'est-ce que vous voudriez suggérer ou souhaiter à la revue La langue française?


     Déjà votre revue, étonnamment,  se penche sur notre culture et en dénote toute la vivacité.  Depuis le dernier Festival international de haïku  tenu à Montréal en 2008, le mouvement poétique contemporain des formes japonaises a pris son élan d’appropriation par de nombreux poètes québécois.
 

     Beaucoup de publications tant individuelles que collectives parsèment déjà le paysage québécois et franco-canadien. En parler certes, voir ce qui s’y passe serait une manière de vous impliquer par des entrevues et articles comme je le fais présentement à travers mon parcours personnel.




[2] Éditions Mémoire vive, Québec 1997, avec des photographies de Patrice Fortier.
 
[3] Éditions les Ateliers créateurs, 2000.
 
[5] Revue Le libraire : Vivre la poésie p.12-13, automne 2000.
 
[6] Éditions  David, 2002.
 
[7] André Duhaime, Haïku sans Frontières, Éditions David, I986.
 
[8] Éditions du tanka francophone, 2009.
 
[9] Éditions du tanka francophone, 2011.
 
[10] Éditions du tanka francophone, édition bilingue, 2014.



                       

                                                      Entrevue accordée à Lucie Vallée
                                                                           
Espace Ah!
                                                 http://espaceah.net/tag/jean-dorval/



                                                
                             Entrevue accordée à Dominique Chipot le 11 mai 2011, 
            dans le cadre de la préparation de son essai:Le livre du tanka francophone

                     http://www.revue-tanka-  catalogue_editions_tanka.html#Dominique_Chipot




D.C. Pourquoi écrire des tanka? Que trouvez-vous dans cette forme que vous n'avez pas dans la poésie francophone ?

J.D. Le tanka est une forme accessible, invitante, comme le naturel d’une conversation. À cause de sa simplicité dans l’expression, qui se veut lyrique avant tout.  Il stimule la créativité.

Dans l’évolution de notre poésie, des poètes comme Jean-Aubert Loranger,
Jacques Brault a osé, sinon risqué de sortir des modes d’écriture traditionnels, en écrivant une forme de tanka très proche des Japonais tout en demeurant en lien avec l’imaginaire québécois.

Personnellement, lorsque j’écris un tanka, je me sens dans un état créatif qui prolonge l’instant en cinq lignes, auxquels participent mes cinq sens.
Je vois le tanka comme une expérience unique dans le langage poétique.

Le tanka en tant que poème concret, a l’obligation d’être clair, sinon limpide dans son expression. Un visage souriant. L’oiseau qui prend son envol. Le regard amoureux. Cependant, le tanka continue d’innover, même s’il représente une forme millénaire de la poésie. Le tanka donne des ailes au lecteur, en ce sens qu’il simplifie l’expression par le jeu de l’image qu’il convie et qui n’appartient qu’au lecteur de filtrer.


D.C.Avez-vous participé à des sélections de textes (revue, concours) ? Si oui, quels étaient vos critères de choix ?

J.D. Je n’ai jamais participé à des concours. Depuis 2007, j’écris des tanka. C’est assez récent. En même temps, cela répond à un appel intérieur d’écrire un poème avec le plus de simplicité possible.

Suite à ma première publication, Entre deux instants[1] (aux Éditions du Tanka francophone, en 2009), j’ai publié, des tanka  dans deux revues anglophones canadiennes, dont  Atlas Poetica[2] et Magnapoets[3].
D’ailleurs, le tanka anglophone est  plus développé chez les Nord-américains que chez les francophones.  Ce qui m’a motivé d’y envoyer mes tanka, c’était l’aspect curiosité, échange et  liberté qui animait les éditeurs de ces revues. Il y avait là une occasion de créer un pont entre nos deux cultures.  

D.C. Que pensez-vous de la fixité de la forme ?

J.D. Le trente et une syllabes représente un défi que je relève. Même si la  plupart des tanka ont moins de trente et une syllabes. Ce sont les tanka d’aujourd’hui.   Ce n’est pas une obligation d’adopter la forme de  tanka traditionnel (mais il faut commencer quelque part)  quoique dans toute nouvelle expérience de langage poétique, celui ou celle qui s’exerce au tanka  doit faire sentir au lecteur la part lyrique que le  trente une syllabe lui permet de réaliser; ajuster sa musicalité d’une part par l’utilisation de la métrique impaire et d’autre part  éviter de ne pas plonger dans un poème bref.

Je parle d’expérience personnelle. J’ai été formé à la versification classique. Mes premiers poèmes en étaient imprégnés. Depuis une vingtaine d’années,  j’ai développé la poésie lyrique moderne, orientée vers la brièveté. Quelques recueils en témoignent.

Selon l’évolution de chacun, en tenant compte de ses influences et parentés de style, il n’en demeure pas moins qu’une rigueur dans la forme, le choix de mots et la musicalité doit se sentir à la première lecture
d’un tanka.
Le tanka doit prolonger l’instant, tout en demeurant dans le concret de l’image-émotion qui en génère son sens et sa profondeur.


D.C. Que pensez-vous des deux autres formes définies par Garrisson (2/3/2/3/3 = minimaliste et 3/5/3/5/5 = abrégé)

J.D. Je ne connais pas spécialement Garrisson. Je sais que le tanka américain pour en avoir lu quelques-uns dans les revues et anthologies tend à parfaire une certaine forme  minimaliste.
Je n’ai rien contre. Cela fait sans doute un clin d’œil au haïku. Plusieurs de mes haïkus allument des signaux minimalistes.
Avant d’écrire le haïku, j’avais un poème très minimaliste…jusqu’à  une ligne,  très proche de l’aphorisme poétique de René Char, où le mot seul pouvait suggérer l’émotion.   La forme 3/5/3/5/5 serait pour moi un jalon à explorer éventuellement.

D.C. Quelles sont les règles qui vous paraissent essentielles ?

J.D. Le respect de la règle de la ligne impaire pour la musicalité. Le tanka se définit comme poème court. Il signifie également petite chanson.
Enfin, la  ligne- pivot qui rythme la rétroaction image-émotion.

D.C. Utilisez-vous ces différentes segmentations 3/2 ou 2/3 – 2/2/1 – 4/1 – 5 (les nombres représentent des groupes de lignes dans ce cas)
Si oui, dans quel but ?

J.D. Je n’en suis pas encore là. Mon tanka sur le plan formel chevauche les vingt-cinq et trente et une syllabes. La plupart du temps, c’est le trente une syllabe qui s’impose. Parfois des segmentations de lignes, ainsi que des fragmentations  sont présentes et signalées par des blancs qui deviennent des silences, des pauses,  et qui  appellent à des jeux de langage. C’est à  ce moment-là que  ma créativité se profile, se module et s’active.

Même avec trente et une syllabes, tout n’est pas joué pour obtenir un tanka de qualité. Il faut innover sans cesse. Je suis cependant ouvert à de nouvelles manières. Je pense que cela doit venir comme une sorte de coup de cœur.  Ou soudainement, comme un coup de foudre … Qui aurait dit qu’un jour le haïku deviendrait une forme privilégiée de mon élan poétique…jusqu’au tanka et au haïbun?  Il faut garder les yeux ouverts dans l’espace poétique.

Un aigle avec une aile de cygne, quelque part dans son envol, peut  orienter différemment notre parcours.


D.C. Concision, précision, simplicité. Considérez-vous ces critères importants pour le tanka ? Pourquoi ? Éventuellement, classez- les par importance croissante.

J.D. Assurément. D’abord, la simplicité, qui devient synonyme avec ton  naturel et accessibilité. Pour le poète, la simplicité se conjugue  également avec  rigueur. Ensuite, la concision, qui permet de cristalliser l’expression comme dans le regard d’une pierre précieuse. Enfin, la précision, qui  m’exerce à peaufiner dans le choix de chacun des mots qui forment le tanka.
Un tanka signifie lorsqu’il se lit d’un seul bloc. En toutes ses facettes.
Simplicité. Concision. Précision.

D.C. La sincérité et la réalité, sont-telles des critères importants pour le tanka ? Pourquoi ?

J.D. Je dirais oui. Parce que le tanka appelle le poète à une plus grande franchise face à lui-même et à son éventuel lecteur. Le tanka a une source existentielle.

D.C. Le tanka doit-il être indépendant ? Quel est votre avis sur les suites de tanka ?

J.D. Tout dépend de l’intention qui conduit le ou les thèmes du recueil à produire.  Un tanka par page peut être aussi efficace que deux, par exemple. Une suite de deux tanka, c’est ce que je préfère actuellement.
Ça correspond à une sorte de dialogue intérieur avec le lecteur ou soi-même.  Il y a cependant rien d’exclusif. Un tanka par page à la manière des Japonais serait envisageable dans une suite où un seul thème personnifierait l’œuvre.

D.C. Un tanka se caractérise-t-il par sa sensibilité, son émotion ? 

J.D. C’est une question d’intensité d’abord, dans  la façon dont l’auteur qualifie la sensibilité et l’émotion elle-même. Le tout en cinq lignes. Voilà le défi.
C’est le lecteur, en fin de compte qui décide si la projection sensible ou émotionnelle a bel et bien eu lieu.


D.C. Que diriez-vous de la suggestion ? Est-elle aussi importante que pour un haïku, par exemple ? 

J.D. Le haïku est allusif, tandis que le tanka procède par impression.
Cependant,  il y a une grande part de suggestion dans le tanka (j’ajoute ici l’élément subtilité, qui s’y greffe),  une dimension qui  reste à explorer.

Le haïku se situe plus du côté de la sensibilité que l’émotion proprement dite. Tout d’abord parce que le haïku est moins engageant sur le plan personnel.  C’est pourquoi  le haïku est dans l’ordre du fugitif et  la suggestion s’éteint rapidement pour ne retenir que l’instant…ce qui ne  veut pas dire qu’il n’y a aucune émotion.  

Le tanka, quant à lui,  demeure suggestif.  Il aurait aussi matière à réviser tout cela (suggestion, impression, allusion, conversation) sans s’inscrire à un débat formel. Je vois que l’expérience de chaque auteur peut contribuer à bonifier une forme de suggestion qui est en présence évolutive dans tout tanka. Sans oublier que le tanka est l’ancêtre du haïku.

D.C. Tous les thèmes peuvent-ils être traités dans le tanka ?

Aucune limite dans les thèmes. Le tanka absorbe tout comme une éponge.
Dès qu’une émotion se fond dans une image, tous les élans sont là  pour nommer ce qui doit s’ajouter et révéler le poème.
Le tanka est constamment en émergence. Tout peut surgir à partir d’un tanka. Puisque tous les ingrédients sont là pêle-mêle. La fonction du poète est de tout réorganiser.

J.D. Quels sont vos thèmes favoris ? Pourquoi ?

L’évocation de la nature, surtout à travers la personne que je suis dans cette nature, et mon milieu de vie. Tout ce qui donne un sens, à l’être que je deviens.


D.C. Quels conseils donnés à un néophyte ?

J.D. Je lui dirais tout simplement de suivre son intuition. Il y a toujours un véhicule qui attend le poète qui travaille et persévère.  Si un train passe, prenez-le, même si vous ne sentez pas toujours quelle sera sa destination.
Il y a une part d’inconnu dans le voyage de la création poétique. Cela m’a toujours stimulé dans mes choix.

D.C. Si vous deviez définir votre style d’écriture en 100 mots maximum, que diriez-vous ?

J.D. Je suis un poète imaginatif. Je me laisse guider par mon intuition.
Ma formation littéraire classique, d’avant les formes japonaises, est au service de ce que je suis maintenant, dans le sillage du haïku, du tanka, du haïbun.  Je  suis passé par le cycle d’une poésie lyrique à une poésie concrète où la place de la métaphore reprend ses lettres avec plus d’esprit.  Plus grands l'accessibilité et le respect envers le lecteur.  Car il y a aussi  en poésie, un chemin où chacun et chacune peuvent émettre des signaux et les partager. Même chose, lorsque je deviens  moi-même un lecteur tout aussi passionné à lire qu’à écrire. C’est à travers ces instants de rencontres que mon écriture se parfait et se peaufine par une relation d’humilité, que j’entretiens envers ceux que j’admire. Parce qu’ils m’aident  à progresser dans l’art d’écrire et dans l’art de vivre.


D.C. Pensez-vous que ces règles de rhétorique du tanka japonais (makura kotoba, uta makura, kakekotoba, honka-dori) soient utiles aujourd’hui pour un poète francophone ?
Les avez-vous déjà utilisées ?

J.D. J’aurais sans doute avantage à les connaître…puisque les règles du tanka émanent de ces principes. Les poètes du tanka contemporain ne peuvent que saluer les créateurs de cet art poétique…millénaire, qui n’en finit pas d’évoluer.  Aller vers plus de profondeur, creuser la poétique du tanka avec  les mots oreillers[4]
Il faut s’inspirer, voire se  fondre dans la lecture de l’expérience des fondateurs, afin de voir plus clair et d’exprimer avec lyrisme  le tréfonds de l’être.  Ce que je m’applique à faire, sinon à vivre avec le tanka.

D.C. Pensez-vous qu’il soit possible d’écrire des tanka francophones sans connaître les traits essentiels de la culture japonaise ? Pourquoi ?

J.D. Absolument. J’ai écrit mes premiers tanka lors d’un atelier qui fut donné par Maxianne Berger, poète de tanka,  lors du Festival de haïku de l’Association  française de haïku, tenu à Montréal en octobre 2007.  
Je connaissais Jean-Aubert Loranger, sans l’associer au tanka, mais plutôt à ses haïkus novateurs pour l’époque. Par la suite, je découvris une forme d’écriture dont j’avais lu quelques auteurs  québécois dans la Revue du tanka francophone, sans plus. J’ai donc écrit dans les mois qui suivirent deux cents tanka qui constituèrent une bonne part des tanka que je publiai par la suite en 2009. Dans un état assez euphorique.


Si vous répondez par la négative, pouvez-vous donner les trois ‘concepts’ à connaître ?

D.C. Pensez-vous qu’il soit possible d’écrire des  tanka  francophones sans connaître le tanka japonais ?

J.D. On peut le faire. Cependant tout en s’inspirant, peaufinant nos textes, on doit se référer un jour ou l’autre aux fondateurs du tanka, afin de ne pas sortir du tanka.
Le danger est là. C’est pourquoi  fréquenter les maîtres est incontournable
dans l’évolution de tout poète de tanka.  Ce qui m’a démontré jusqu’à quel point la culture japonaise est en mutation constante (le futur en référence au passé)  et peut rejoindre l’Occident tout en l’inspirant. Plus on fréquente le tanka, plus on y découvre une forme d’écriture qui se situe au-delà des cultures. À remarquer que se sont les femmes qui ont renouvelé le tanka;  les œuvres de Yosano Akiko[5] et plus près de nous, Machi Tawara[6] en témoignent. Lire et écrire ne font qu’un en création littéraire.

Les règles du tanka sont simples, mais en tenant compte d’une rigueur,
dans la préservation haute du sentiment et de son rapport avec l’image concrète.  Je crois aussi qu’il est important de lire les poètes japonais de toutes les époques. Ça nous permet de nous situer et de rester humbles face à cette forme  d’écriture.






[1] Éditions du tanka francophone, 2009
[4]Le mot oreiller, c’est -à- dire un mot pivot. Il  porte deux images selon que l’on regarde ce qui précède ou ce qui suit »6. Il permet l’enchainement de deux aspects ou leur juxtaposition. Terme défini par Patrick Simon dans son article Le mot pivot dans le tanka : revue du tanka francophone, no.13.
[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Akiko_Yosano
[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Machi_Tawara



issue 7 January 2011

Cover photography © Lars van de Goor, all rights reserved
no unauthorized use or distribution

Vers une musicalité
Entrevue accordée à Mike Montreuil
               http://www.revue-tanka-francophone.com/editions/extraits/Entrevue-Mike-Montreuil.pdf

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